Accueil Les Migrateurs
10 | 03 | 2010
Présentation
CLE et SAGE Vilaine
Données et documents
Services
Espace abonné



Flux RSS eptb-vilaine.fr
Eptb-vilaine-fr
Eptb-vilaine.fr
Eptb-vilaine.fr
Présentation Migrateurs
PDF Imprimer
Vendredi, 10 Octobre 2008 13:22
 
L’anguille européenne se reproduit dans la mer des Sargasses en février-mars par plusieurs centaines de mètres de profondeur. La mer des Sargasses est située à proximité de la Floride à une distance de 6000 kilomètres des côtes européennes. Après éclosion, les larves, appelées leptocéphales, se laissent porter par le Gulf Stream dans l’atlantique nord pour revenir vers l’Europe, de la Mer Noire à la Scandinavie, et les côtes de l’Afrique du Nord. Cette migration dure entre 10 et 16 mois, mais cette durée de migration fait encore l’objet de controverses. Cette très grande amplitude de migration confie à l’anguille le statut de grand migrateur.
 
 
Figure 1: Aire de répartition de l’anguille européenne (Anguilla anguilla L. 1758), adaptée de GERMAIN (1927)
pour l’aire continentale et SCHMIDT(1924) pour a répartition océanique des larves (Source : ADAM 1997).

Aux abords du plateau continental, en fin d’été, les larves subissent une première métamorphose et deviennent des civelles transparentes qui remontent passivement vers l’amont des estuaires en empruntant les marées montantes (flot) et en s’enfouissant dans le sédiment lors des marées descendantes (jusant). Cette pénétration dans les estuaires est assez étalée dans le temps, de la fin de l’été à la fin du printemps, et les abondances maximums sont observées entre janvier et mars pour la façade atlantique française.

Après un séjour de quelques jours à quelques semaines dans l’estuaire, la civelle, petit poisson translucide de 0.3 à 0.4 g, voit son corps se pigmenter et s’opacifier, elle ressemble alors parfaitement à une petite anguille (communément appelée anguillette) qui deviendra en grossissant une anguille.

L’anguille colonise une grande diversité d’habitats : du milieu purement marin, aux rivières de montagne en passant par tous les intermédiaires possibles lagunes, estuaires, étangs, lacs….La durée du séjour en eau douce de l’anguille dépend de la latitude, du lieu de vie et du sexe de l’individu. Plus on descend vers le Sud, plus les températures sont élevées et plus les anguilles grandissent vite.

Il existe un dimorphisme sexuel important chez l’anguille, avec les mâles qui mesurent moins de 43 cm, et les femelles plus de 43 cm, avec un chevauchement des sexes entre 42 et 44 cm. En France, les mâles restent, en moyenne, environ 4 ans en eau douce, contre 6 à 8 ans pour les femelles.

Après cette phase de vie sédentaire, l’anguille subit une seconde métamorphose la transformant en anguille argentée ; il s’agit de l’argenture, c’est une série de transformations morphologiques et physiologiques qui permettront à l’anguille de s’adapter à la vie marine et aux profondeurs abyssales.

Les changements les plus visibles sont l’augmentation du diamètre de l’œil et la couleur de la peau qui devient argentée. L’anguille argentée possède des pigments rétiniens semblables à ceux de certains poissons abyssaux. A ce stade, au moment du départ pour la migration de reproduction dite d’avalaison (en général en automne), elle est encore immature. Durant la deuxième phase océanique du cycle, les anguilles mènent à terme leur maturation sexuelle. Les potentialités de survie des géniteurs après la ponte restent encore inconnues; il est généralement supposé que la mort intervient durant les semaines qui suivent la reproduction.

 

 

Anguilles
  Mulet
Lamproie
Salmonidés
 Alose

 

 

 

 

 
Le mulet, avec l’anguille, et au contraire des autres espèces migratrices, migre en eau douce pour se nourrir et non pour se reproduire. Cependant, cette migration n’est pas obligatoire pour le mulet pour qu’il puisse réaliser son cycle de vie, contrairement à l’anguille.
Le mulet effectue cette migration trophique de février à octobre. Il migre par bancs plus ou moins importants. A Arzal, nous en comptons jusqu’à 22 000 individus par jours (maximum 700 par minute) pour environ 300 000 mulets par an. Tous les stades de développement sont représentés, du juvénile de l’année, d’une vingtaine de millimètres, à l’adulte de 60 cm pour environ 2,5 kilogrammes.
Le retour en mer s’effectue à l’automne, c’est l’abaissement de la température de l’eau qui l’amènera à regagner le milieu salé. Les géniteurs jeûnent jusqu’à la période de reproduction. Les zones de pontes se situent dans les estuaires externes, mais ils peuvent également parcourir  plusieurs centaines de kilomètres pour aller frayer. Les zones de fraies se situent à environ 30 mètres de profondeur, là où en hiver la température de l’eau  sera plus chaude qu’en surface.  La fraie se déroule en automne et en hiver,  période durant laquelle les femelles pontes plusieurs fois pendant quatre à six mois. Après éclosion, les alevins migrent vers les zones côtières et les estuaires qui leur servent de nurseries.
 

 
 
Anguilles
  Mulet
Lamproie
Salmonidés
 Alose

 

 

 

 

 

La lamproie marine, comme les salmonidés et les aloses, se reproduit en eau douce. Il ne s’agit pas d’un poisson mais d’un agnathe,  c'est-à-dire qu’elle ne possède pas de mâchoires et son squelette est cartilagineux. Elle peut mesurer jusqu’à un mètre et peser 1,5 kilogrammes.

La lamproie marine séjourne de 1 à 3 ans en mer. Elle vit fixée sur certaines espèces de poissons comme le mulet, le saumon, l’alose, la morue,…C’est un parasite externe qui se nourrit principalement de sang.
 
Les adultes reproducteurs entre en estuaire entre décembre et mars, et peuvent y séjourner un mois et plus. Ils migrent vers l’eau douce de mars à juin pour se reproduire en mai et juin sur des frayères situées dans les secteurs courants des cours d’eau, dans des eaux peu profondes et sur des fonds de pierres et de galets. Le mâle creuse, uniquement à l’aide de sa bouche, un nid d’un à deux mètres de diamètre pour une profondeur d’une trentaine de centimètres. La femelle se fixe sur un caillou au centre du nid par la bouche, puis le mâle vient se fixer sur la tête de la femelle et féconde les ovules émis par la femelle.
 
Après une incubation d’environ un mois, les larves quittent le nid pour rejoindre les secteurs plus calmes des cours d’eau afin de s’enfouir dans le substrat vaseux. Durant cette phase larvaire, la lamproie filtre le sédiment pour s’alimenter. Elles vont séjourner dans le sédiment de 3 à 5 ans avant de subir une métamorphose externe en petites lamproies d’une quinzaine de centimètres (de fin juillet à fin octobre). Elles rejoignent les estuaires peu de temps après, à l’occasion des crues survenant entre d’octobre et février.
 

 

Anguilles
  Mulet
Lamproie
Salmonidés
 Alose

 

 

 

 

 

Deux espèces de grands salmonidés fréquentent le bassin versant de la Vilaine : la truite de mer et le saumon atlantique. On peut les différencier en particulier grâce à leur nageoire caudale, qui est droite chez la truite de mer et plutôt échancrée chez le saumon ; la pigmentation de la robe est importante chez la truite de mer et les pigments sont disposés de part et d’autre de la ligne latérale, tandis que les pigments sont moins nombreux et cantonnés au dessus de la ligne latérale chez le saumon ; à taille égale, la truite de mer est plus massive que le saumon, qui semble plus longiligne.
 
La truite de mer séjourne de 3 mois à 3 ans en mer, au large des côtes atlantiques. Les mâles restent en mer généralement moins longtemps que les femelles et sont donc de plus petite taille.
 
Le saumon atlantique séjourne en mer de 1 à 5 ans, au large du Groenland, des îles Féroé et de la Norvège, pour les principales zones de grossissement. Les individus séjournent en mer d’autant plus longtemps que leurs frayères d’origine sont éloignées des côtes ; en effet, chez le saumon, la migration de reproduction s’effectue à jeun. Ainsi, le saumon de Loire peut migrer plus d’un an en eau douce avant d’atteindre les frayères situées dans le massif central, d’où des individus de grande taille, de 1 à 1.2 m. Cette nécessité d’accumuler des réserves entraîne un échelonnement du passage des saumons dans les estuaires.
 
Les deux espèces remontent la Vilaine en été, pour se reproduire en hiver. C’est là qu’intervient le phénomène de ‘’homing’’ qui signifie que les géniteurs se reproduisent à l’endroit où ils sont nés, ce phénomène est très marqué chez le saumon, un peu moins chez la truite de mer.
 
Les frayères des deux espèces sont situées haut en amont sur le bassin versant, avec de faibles profondeurs d’eau et un courant rapide. La femelle creuse une cuvette à l’aide de sa nageoire caudale, elle y dépose les ovules qu’elle recouvre de graviers et de galets après la fécondation par la laitance du mâle. Le taux de survie des géniteurs est de l’ordre de 30-40% chez la truite de mer, tandis qu’il est inférieur à 10% chez le saumon atlantique.
 
Chez les deux espèces, la durée d’incubation des œufs est d’environ 2 mois. Après éclosion, les larves possèdent une vésicule vitelline, qui joue le même rôle que le jaune pour le poussin à l’intérieur de l’œuf, la larve vit donc en autonomie. La résorption de cette vésicule prend une vingtaine de jours pour le saumon atlantique, contre 2 mois pour la truite de mer.
 
Une fois leur vésicule disparue, les alevins des deux espèces gagnent l’aval des cours d’eau qui leur sert de zone de grossissement. La nourriture disponible y est plus ou moins importante, d’où une compétition entre les jeunes pour l’accès aux meilleurs postes ; le cours d’eau doit posséder des zones plus ou moins protégées du courant, pour le repos et pour la chasse.
 
Les jeunes truites demeurent de 1 à 2 ans en eau douce, contre 2 à 3 ans pour les saumons. Après 1 à 3 ans, les jeunes subissent la smoltification qui correspond à un ensemble de changements morphologiques, physiologiques et comportementaux qui sont destinés, comme chez l’anguille, à la phase de vie marine. C’est lors de la smoltification qu’un salmonidé mémorise les caractéristiques de son lieu de naissance, ce qui permettra le phénomène de homing. Les smolts dévalent ensuite vers la mer d’avril à juin, au moment des crues.
 

 
Anguilles
  Mulet
Lamproie
Salmonidés
 Alose

 

 

 

 

 

Les aloses sont des clupéidés, même famille que la sardine, le sprat, et le hareng. Deux espèces d’aloses fréquentent la passe d’Arzal : la grande alose et l’alose feinte.

La durée du séjour en mer est variable suivant l’espèce et le sexe des individus. Elle est de 2 à 6 ans pour la grande alose contre 2 à 5 ans pour l’alose feinte. Les mâles sont généralement plus petits que les femelles et vivent en mer moins longtemps qu’elles.

Les deux espèces remontent les estuaires de mars à juin. Elles se reproduisent de mai à juillet selon l’espèce. Les frayères des grandes aloses sont situées haut en amont contrairement à celles des aloses feintes qui se trouvent sur les parties basses et moyennes des cours d’eau, voire même en eau saumâtre. Elles ont des caractéristiques différentes du fait de leur position sur le cours d’eau (vitesse du courant, profondeur, granulométrie du substrat).
 
La reproduction de la grande alose est spectaculaire : les couples (2 à 3 individus), flanc contre flanc, frappent la surface de l’eau avec leur nageoire caudale tout en décrivant des cercles ; pendant ce temps, les produits génitaux sont expulsés et la fécondation s’effectue dans le tourbillon ainsi créé. Les œufs flottent dans un premier temps, ils sont entraînés en plein courant puis tombent entre les interstices du substrat sur des secteurs plus calmes. L’incubation dure de 4 à 8 jours.

La migration d’avalaisons des alosons vers l’estuaire se déroule en fin d’été et début automne.  Ce séjour estuarien et plus ou moins long suivant l’espèce : de 4 à 6 mois pour la grande alose, contre 9 à 10 mois l’alose feinte ; il marque l’adaptation physiologique du poisson à la vie marine. Les alosons partent en mer du début du printemps à la fin de l’été.
 
 
 
 
Mise à jour le Mardi, 02 Décembre 2008 17:02